• 19 juin 2019

Non à la censure!

    Les manifestations de protestation contre la politique du gouvernement moldave n’ont pas cessé à Chisinau depuis le 9 janvier 2002. De plus en plus d’organisations se solidarisent avec les protestataires. 
  Le 27 février des centaines de journalistes de la Compagnie d’Etat «Téléradio-Moldova» ont déclaré la grève passive pour protester contre la censure installée à la Radio-Télévision Nationale, qu’ils accusent d’être aussi rude qu’à l’époque soviétique et d’avoir transformé la Télévision d’Etat en un outil docile de propagande du parti au pouvoir. Ils dénoncent le fait que pas un seul parti d’opposition, qu’il soit parlementaire ou extraparlementaire, ni un seul politicien en faisant partie n’ont accès à la Télévision moldave et que tout reportage qui ne partage pas l’opinion du gouvernement soit interdit. Il existerait ainsi une liste de personnalités de la vie culturelle et scientifique ne soutenant pas le gouvernement qui n’ont accès ni à la Télévision, ni à la Radio d’Etat, ainsi qu’une liste de mots ne devant pas être prononcés, parmi lesquels: «langue roumaine», «Bessarabie», «régime totalitaire», «histoire des Roumains», etc. La principale émission d’information de la Télévision Moldave, «Le Messager», n’apas parlé des manifestations de Chisinau, qui duraient depuis un mois et demi. La population n’en était donc pas informée, surtout celle de province, qui en majorité n’a pas accès à d’autres chaînes ou médias. Plus de 400 employés de la Compagnie ont signé une déclaration contre la censure et le contrôle idéologique abusif, contre la russification de la Télévision et contre le gouvernement moldave, accusé d’enfreindre la liberté d’expression prévue par la Constitution de la République. Ces journalistes ont formulé leurs revendications et ont essayé à plusieurs reprises de négocier avec le gouvernement.
    Malgré plusieurs semaines de protestation et de grève japonaise, malgré une déclaration de soutien du Conseil de l’Europe et d’autres organisations internationales, les journalistes protestataires s’inquiètent que rien n’ait changé. Ils affirment au contraire que la situation de la presse s’est aggravée et que le Président de la République ignore totalement leurs propositions de réorganiser la Compagnie pour en faire une vraie chaîne de télévision publique. Les propositions et les appels de ces journalistes sont également méprisés par la majorité parlementaire, qui nie l’existence d’une censure. «Le Messager» est donc accusé de continuer à refléter une réalité qui convient au pouvoir, sans prêter attention au point de vue de l’opposition ni à la fraction contestataire de la société civile. Bien plus, depuis quelques temps des mesures de rétorsion auraient été prises contre des journalistes protestataires. Plusieurs journalistes et metteurs en scène du Département Actualités de la TVM auraient été démis, rétrogradés ou sanctionnés avec avertissements officiels en raison de leurs prises de position. Le 18 mars, le comité de grève des journalistes a organisé une assemblée générale pour prendre des mesures concrètes contre la censure. Il a adopté une Déclaration, dans laquelle il déclare que malgré les protestations la situation à la Télévision n’a pas changé et que les intimidations continuent. Les principales revendications des journalistes sont :
  1. Transformer la Compagnie d’Etat Téléradio Moldova en une institution publique, indépendante du pouvoir politique.
  2. Abroger la Loi sur la Presse, dont quelques articles entravent la liberté d’expression.
   Face au rejet de ces revendications par les autorités moldaves, ils demandent au Conseil de l’Europe et à d’autres organisations continentales d'’intervenir «pour défendre la liberté de la presse, les droits fondamentaux de l’homme, pour éliminer les séquelles totalitaires maintenues onsciemment par les autorités communistes de Chisinau».
  Les protestataires ont adressé aussi une demande à la Cour Européenne des Droits de l’Homme, la priant de reconnaître que la République de Moldavie a violé l’article 10 de la Convention des Droits de l’Homme – «le droit de communiquer des informations sans l’ingérence des autorités publiques». Lors de la même réunion, le comité de grève des journalistes a décidé de lancer une émission alternative au «Mesager». Ils ont demandé à la Mairie de Chisinau la permission d’installer un moniteur dans le square de l’Opéra Nationale et de transmettre chaque jour dès 17 heures, à partir du 29 mars, tous les reportagesinterdits ou écartés par le «Mesager» officiel.
   L’initiative du Comité de grève est soutenue par les journalistes protestataires, par le Comité de Solidarité de la Presse, par les unions professionnelles et par d’autres représentants de la société civile. L’Institut International de la Presse, l’Organisation Médias de l’Europe de Sud-Est et l’Association Civique des Médias eu.ro.21 ont envoyé une lettre au Président de la République de Moldavie, Vladimir Voronine, pour lui faire part de leur inquiétude face à l'’intimidation des journalistes de la Compagnie d’Etat «Téléradio-Moldova».
 
La rédaction

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