• 21 février 2019

Mémoires d'une étudiante moldave à Paris

Qu’est-ce que la Sorbonne ?

        Qu’est-ce que la Sorbonne? Mille choses à la fois. Non pas une faculté, mais une diversité de facultés. Non pas un campus, mais plusieurs campus. Non pas une classe sociale, mais plusieurs classes réunies au sein de cette institution pour s’épanouir intellectuellement. Arriver à la Sorbonne, c’est trouver l’élite qui lit Proust, Camus et Stendhal, les bourgeois du XXIe siècle qui prennent leurs notes sur des ordinateurs Apple de dernière génération, les enfants des ouvriers désirant    changer leur condition sociale, les étrangers venus de l’autre bout du monde pour accomplir le «rêve parisien», les professeurs de différentes nationalités recrutés pour transmettre leur excellence académique. C’est accéder à une haute culture grâce aux cours établis dans les moindres détails et grâce aux bibliothèques mises à la disposition de chacun. C’est découvrir de très beaux bijoux  architecturaux, chargés en histoire, qui combinent le style classique avec les nouvelles technologies : le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne, inauguré en 1889, qui compte cinq grands médaillons  représentant le Droit, la Médecine, les Sciences, les Lettres et la Théologie ; l’Amphithéâtre Richelieu qui est, sans doute, l’un des lieux les plus prestigieux du centre Sorbonne avec une capacité de 600 places…

        Tout cela parce que la Sorbonne est la plus ancienne université de France. Depuis des siècles, les événements révolutionnaires et les engagements contestataires sont nés ici : parmi des étudiants, des barricades, des professeurs, des idées, des religions, des valeurs, des examens, des épreuves sociopolitiques. Et des changements culturels. Vous croyez que la démocratie ouverte existe depuis longtemps en France. Or, ces changements culturels ont pu voir le jour grâce aux jeunes étudiants qui ont lutté pour leurs droits !

        Dans la mémoire collective, comme dans l’histoire écrite, la Sorbonne-révolution, la Sorbonne-valeur se présente dans notre esprit comme une image complexe, comme un système où toutes les idées se mélangent et se traduisent par un progrès social. Ce progrès social, cet être authentique des étudiants, comment l’expliquer ? Il faudra prendre en compte plusieurs paramètres sociologiques et politiques. L’explication, n’est pas seulement l’enseignement de qualité qui diffuse les idées progressistes ; ce n’est pas seulement l’audace des jeunes étudiants  qui souhaitent des rapports et des conditions égalitaires ; ce sont, à la fois, les résultats d’une culture manifestante ou les échecs d'une politique répressive et l’énergie d’un peuple qui répond toujours « présent » quand sa dignité est remise en question. Soit une somme interminable d’événements, d’épreuves, de réussites répétées.

        Dans cette université, les étudiants intériorisent une identité forte ; les pédagogies se combinent pour rendre plus efficace le processus d’apprentissage; les cours s’adaptent en fonction des actualités, les professeurs organisent des conférences pour débattre des sujets d’importance mondiale, les ateliers académiques dynamisent l’échange intellectuel, les jeunes apprennent à tenir un discours cohérent en respectant les conseils de Cicéron… Et cette fois encore, à les constater, nous sommes hors du temps.

        Plus qu’aucune autre université, la Sorbonne ne cesse de se raconter elle-même, de se revivre elle-même. Par nécessité sans doute, non moins par obligation. Savoir lutter, c’est une condition pour exister !

 

Victoria CLIMENCO,

Étudiante en Master 1 Lettres Modernes, Discours, Culture, Médias

Université Sorbonne-Nouvelle - Paris 3,

Paris, France

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