• 26 septembre 2022

L’espace informationnel au cœur des préoccupations en Moldavie

Coincée entre la pandémie et la guerre en Ukraine, la Moldavie pari sur la sécurisation de son espace informationnel ces derniers mois. Une première mesure prise par les autorités moldaves, juste après l’invasion russe de 24 février, a été d’interdire, par la décision de la Commission pour les situations exceptionnelles les contenus audiovisuels à caractère informatif, analytique et militaire produits dans des pays autres que les membres de l’UE, les Etats-Unis, le Canada ou qui n’ont pas ratifié la Convention européenne sur la télévision transfrontalière. La décision vise en premier chef la Russie, car la Moldavie retransmet énormément de contenu audiovisuel de ce pays qui n’est pas membre de l’UE, et n’a pas ratifié la Convention communautaire mentionnée. En effet, on est revenu à la dite loi « anti-propagande », existante déjà dans la législation audiovisuelle entre 2019 et la fin de 2020, quand le parti des socialistes l’ont modifiée. Dans les nouvelles circonstances, l’autorité de régulation peut appliquer des pénalités plus dures aux chaines de radio et de télévision qui ne respectent pas la décision de la Commission de 2 mars, décision valable pendant l’état d’urgence, instauré en Moldavie le 24 février pour 60 jours et renouvelé jusqu’au 24 juin 2022.

Entre temps, les autorités moldaves ont adopté des modifications aux plusieurs lois, afin de sécuriser et de protéger l’espace informationnel national des informations susceptibles de mettre en danger la sécurité de l’État et de ses citoyens. Votés en lecture finale le 2 juin 2022, les principales modifications visent l’introduction dans le Code des services médias audiovisuels de la notion «désinformation» et sa définition comme «diffusion intentionnelle de fausses informations destinées à nuire à une personne, un groupe social, une organisation ou à la sécurité de l'État». En même temps, des sanctions plus dures sont prévues pour les fournisseurs des services médias audiovisuels qui ignoreront la loi. Celles-ci comprennent des amendes entre 25 000 à 100 000 lei (soit entre 1250 et 5000 euros), la suspension de la licence de diffusion pour une période maximale de 7 jours, la suspension du droit de diffuser de publicité pour une période pouvant aller jusqu'à 3 mois, ainsi que l'interdiction de retransmettre pendant un an minimum. Le vrai défis après l’adoption des amendements cible le Conseil de l’Audiovisuel moldave, responsable de l’identification de la désinformation dans les contenus audiovisuels. Une méthodologie complexe, avec des indicateurs précis devrait être conçue pour pouvoir appliquer la loi de manière correcte. Car, outre le caractère assez généraliste de la définition introduite dans le cadre légal, l’opposition parlementaire et la société civile craignent de potentielles limitations de la liberté d’expression. D’une part, la majorité parlementaire pense agir guidée de bonnes intentions, et espère que les nouvelles dispositions seront appliquées avec de la bonne foi, mais d’autre part, on le sait, le chemin de l’enfer, lui aussi est pavé de bonnes intentions.  

La réglementation, saluée ou contestée, n’a aucune chance de réussite si elle n’est pas accompagnée par des actions qui visent l’éducation des gens, et notamment l’éducation aux médias et à l’information. Avant de devenir une vraie préoccupation de l’État, l’EMI fait l’objet de plusieurs initiatives de la société civile moldave et des institutions internationales. Les formations visent différentes catégories de gens, y compris des jeunes, des personnes âgées, des enfants, des bénéficiaires provenant de différentes régions, parlant différentes langues etc. Dans ce contexte, les jeunes des filières francophones moldaves ont participé, les 20 et 21 mai derniers à une formation dans le domaine de l’EMI. L’événement, soutenu par le bureau régional de l’OIF pour l’Europe centrale et orientale, a réunis une vingtaine d’étudiants et étudiantes autour des sujets actuels tels comme les fausses nouvelles, les sources d’informations, les pièges de la toile, la pensée et l’esprit critique etc. L’utilité de la formation et son actualité prononcée ont déterminé l’OIF d’organiser, l’automne prochain, une autre rencontre EMI, avec d’autres jeunes intéressés par le sujet. 

Protéger l’espace informationnel c’est bien, c’est nécessaire. Avoir une population éduquée aux médias et à l’information, capable de se protéger elle-même des éléments nuisibles, c’est encore mieux. Investir dans l’éducation en général, en dans l’éducation aux médias en particulier, c’est diminuer, voir éliminer la nécessité d’interdire par loi les phénomènes impossible à gérer autrement. Parier sur les deux, pour la Moldavie dans les conditions actuelles – c’est crucial.

Aneta Gonța       

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