23 octobre 2017
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«Libres Ensembles» au sein de la Francophonie.

mercredi 25 mai 2016 09:18 | Auteur: Margareta STROOT
Étiquettes: entretien
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Michaelle Jean, SG de l'OIF
crédit photo:  @CyrilBailleul/OIF

Du 23 au 28 mai 2016 la Secrétaire générale de la Francophonie effectue sa première visite officielle en Bulgarie, en Roumanie et en Moldavie, qui fête cette année le 20e  anniversaire de son adhésion à l’OIF.

Entretien avec la Secrétaire générale de la Francophonie, Madame Michaëlle Jean.

Votre première visite en Moldavie coïncide avec le 20e anniversaire de son adhésion à l’OIF. Quel bilan peut-on tirer aux termes de ces deux décennies au sein de l’organisation ? Quel a été  l’apport de la Moldavie à la francophonie ?  Et qu’a apporté l’OIF à la Moldavie ?

C’est non seulement un immense plaisir mais aussi un honneur pour moi d'effectuer une visite officielle en Moldavie à l’occasion du 20e anniversaire de l’adhésion du pays à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

La Moldavie est un partenaire important de la Francophonie. N'en doutez pas. Les institutions du pays sont actives au sein de la Francophonie. Par exemple, on compte aujourd’hui en Moldavie 6 institutions membres et 2 institutions associées de l’Agence universitaire de la Francophonie.  L’Assemblée nationale de Moldavie est membre de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, et la capitale, Chisinau, compte parmi les 272 villes au sein de l’Association internationale des maires francophones.

En ce qui concerne le bilan de la coopération entre l’OIF et la Moldavie, il est très positif.  Depuis plusieurs années, nous travaillons étroitement ensemble sur le renforcement des capacités en français des fonctionnaires, des diplomates, des enseignantes et des enseignants moldaves.  Sur le plan politique, l’OIF a accompagné le processus électoral du pays, comme par exemple en 2014 lorsque nous avons  dépêché une mission d’information et d’évaluation à l’occasion des législatives.

Par ailleurs, l’OIF et la Moldavie travaillent en étroite collaboration sur les questions relatives aux jeunes et aux femmes, deux priorités de la feuille de route adoptée par les chefs d’État et de gouvernements lors du dernier Sommet de la Francophonie qui s’est tenu à Dakar en 2014. Que ce soit en matière d’initiatives favorisant l’insertion professionnelle des jeunes par le biais de projets de classes bilingues dans des secteurs spécifiques ou encore la tenue, le 18 mai dernier à Chisinau, de l’atelier Europe centrale et orientale sur «l’égalité Femme Homme de et par l’éducation», ces deux priorités que sont les jeunes et les femmes doivent continuer d’animer notre coopération.

Jetant un coup d’œil vers l’avenir, je vous dirais que sur le plan économique, la Francophonie peut vraiment être un vecteur de développement et de croissance intéressant pour la Moldavie.  Je pense ici, entre autres, à la place que s’est taillé votre pays dans le secteur du textile avec sa spécialisation notamment dans la confection de produits de luxe.  Des stylistes moldaves commencent à percer au niveau international. Par le biais de la nouvelle Stratégie économique pour la Francophonie, la Moldavie peut non seulement y trouver des débouchés sur de nouveaux marchés, mais aussi s’avérer un exemple à suivre pour d’autres pays de l’espace francophone qui souhaitent s'imposer dans  certaines filières y compris innovantes.

 

Comment peut-on mesurer les résultats de la participation d’un pays membre aux objectifs de l’OIF ?

Chaque pays apporte une participation unique et précieuse aux objectifs de l’OIF.  L’idée n’est pas de mesurer, mais de partager, d’échanger, de collaborer et d’imaginer l’avenir ensemble.  C’est ce que fait la Moldavie avec l’OIF, et c’est ce qui fait la force de notre Organisation, c’est à dire la complémentarité et le partage des expériences et des expertises ainsi que le partage d’une langue comme un levier fort et le partage de valeurs communes.

 

 Il est bien connu qu’une langue n’est pas seulement un moyen de communication, mais qu’elle véhicule aussi des valeurs. Quelles sont les valeurs particulières de la Francophonie et que fait-elle pour les promouvoir ?

Les valeurs que véhicule la Francophonie sont des valeurs universelles: la paix, la démocratie, le dialogue des cultures, la promotion de la diversité comme une richesse, la solidarité, la justice, la coopération, autant se valeurs dont l'humanité ne saurait se passer.

Comment la Francophonie fait-elle la promotion de ces valeurs ?  Par un plaidoyer fort et des actions pertinentes et constructives qui mettent en relief toutes nos expériences, nos meilleures pratiques, nos savoir-faire. Que ce soit par l’accompagnement des processus électoraux ou encore le renforcement des institutions démocratiques que nous soutenons dans nombre de pays de l’espace francophone.  Que ce soit par le biais de la multitude de nos actions en matière d’éducation, qui seront bientôt regroupées au sein du tout nouvel Institut francophone pour l’éducation et la formation (IFEF).  Que ce soit par les initiatives que nous envisageons dans le cadre de la Stratégie économique pour la Francophonie qui a pour objectif de placer l’humain au centre d’un développement économique équitable, durable et viable.

Mais je vous dirais que par-dessus tout, notre principal véhicule de promotions des valeurs que nous partageons, c’est la langue française.  Parce que c’est par la langue que nous pouvons échanger, partager et agir ensemble ; c’est par la langue que nous pouvons créer, inventer et innover ensemble ; c’est aussi par la langue que nous pouvons nous mobiliser autour une force de propositions communes et vers un avenir meilleur.

 

En Moldavie nous constatons que les anglophones et les germanophones sont très actifs, beaucoup plus que les francophones, bien que la Moldavie soit membre de l’OIF et que le français soit encore – mais pour combien de temps - la langue étrangère la plus enseignée dans ce pays. Pourquoi les pays francophones en général et la France en particulier ne sont-ils pas plus actifs ?

La Francophonie est active.  Cela dit, je souhaite préciser que la promotion du français ne peut pas, et ne doit pas se faire contre une ou d’autres langues. Il faut avancer avec conviction de manière décomplexée, cesser de sous-estimer le levier que représente la langue française, aujourd'hui et sans équivoque. La langue française est non seulement une richesse mais une chance, une opportunité pour celles et ceux qui la maîtrisent.  Le français est la 5e langue la plus parlée dans le monde, la 4e langue d’Internet, la 3e langue des affaires, la 2e langue d’information internationale dans les médias, et la 2e langue la plus apprise dans le monde, la seule autre langue avec l'anglais à être parlée sur les cinq continents.

Pour un pays comme la Moldavie, la langue française est d’autant plus importante qu’elle en est une d'opportunités, de très nombreuses possibilités pour un plus grand rayonnement et le renforcement des relations que le pays souhaite entretenir avec l’Union européenne.

La Moldavie compte aujourd’hui 83 000 francophones, ce qui peut sembler modeste.  Mais cela démontre tout de même l’attachement du pays non seulement à la langue française, aux valeurs que porte la Francophonie,  à ce que cet espace francophone représente de manière incontournable dans le monde

Enfin, je salue l’initiative des Ambassadeurs des pays francophones accrédités en Moldavie qui ont décidé, tout récemment de se réunir en «Groupe des Ambassadeurs francophones», je compte sur leur mobilisation pour faire rayonner nos initiatives telles que la campagne «Libres Ensembles» à laquelle les jeunes francophones répondent par dizaines de milliers avec le plus grand enthousiasme. C'est là une occasion de créer du lien entre les jeunes, d'entendre leur attachement réel aux valeurs qui doivent l'emporter et dans un dialogue fructueux dont le monde a besoin, l'occasion aussi d'accompagner des partenariats autour de leurs initiatives citoyennes y compris de leurs activités entrepreneuriales.

 

L’OIF s’est fixé comme but de promouvoir la diversité linguistique et culturelle. Y-a-t-il une collaboration dans ce sens avec d’autres groupes de pays ayant une autre langue en partage, comme les hispanophones et les russophones ?

Depuis 2001, la Francophonie participe à un dialogue nourri avec des organisations homologues rassemblant les hispanophones et les lusophones. Par ailleurs, je rencontre régulièrement la secrétaire générale du Commonwealth et l’OIF remet un prix de la traduction du et vers l’arabe en partenariat avec l’Organisation arabe pour l'éducation, la culture et les sciences (ISESCO). En effet, je suis convaincue que les enjeux du monde contemporain liés à l’éducation, au dialogue des cultures et à la pleine association des pays du Sud ne peuvent être appréhendés sans prendre en compte la diversité linguistique du monde.

D’ailleurs, l’Union européenne, acteur majeur de la mondialisation, se situe au cœur de la bataille que nous menons en faveur du multilinguisme. C’est aussi le sens qu’il faut donner à la dernière déclaration commune «Langue, identités et inclusion sociale à l’heure de la mondialisation» que j’ai signée avec les responsables du Secrétariat General Iberoamericana (SEGIB) et de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP), le 19 novembre dernier.

 

Certains reprochent à l’OIF de toucher à trop de domaines et de devenir une sorte d’ONU bis. Ne faudrait-il pas se concentrer davantage sur la raison d’être de l’organisation qui est la défense et la promotion de la langue française et des cultures francophones?

Il est vrai que l'on a coutume de penser que la Francophonie n'en a que pour la défense et la promotion de la langue française or nous trouvons dans cette langue un instrument, un levier pour porter une mission plus large encore dans l'intérêt constant des peuples que cette langue rassemble. Il ne faut pas oublier que l’OIF est aussi un organe politique, et que la Francophonie est également un espace économique, un espace de connaissances, un espace de coopération, d'expertises, de création, un espace de possibilités infinies.

Nous sommes sur les 5 continents, et donc au cœur de toutes les urgences, de tous les enjeux.  C’est d’ailleurs pour cette raison que l’OIF organise le mois prochain à Paris une grande conférence sur la lutte contre le terrorisme et la prévention de la radicalisation violente.  Parce que, nous le constatons, la menace terroriste frappe de façon très violente et déstabilisante l’espace francophone, le problème est mondial.

Même chose avec la crise migratoire.  L’OIF compte en son sein des pays de départ, des pays de transit, de destination et d’accueil.  Il est donc de notre responsabilité de faire entendre la voix de l’OIF face à cette problématique et ses propositions concrètes. Car, il est également de notre responsabilité d’agir face à ce drame, et c’est ce que l’OIF fait avec, entres autres, un programme en faveur de l'entrepreneuriat des jeunes et des femmes dans des filières créatrices d'emplois, pour ces pays frappés par des exodes massifs qui sont essentiellement liés à une absence de possibilités et de débouchés. Notre Stratégie économique pour la Francophonie en fait une priorité.

Alors – OUI – la défense et la promotion de la langue française restent au cœur des actions de l’OIF et du plaidoyer de sa Secrétaire générale, mais pour une Francophonie plus agissante et réactive.  Mais l’OIF a non seulement la responsabilité mais aussi toute la légitimité pour accompagner les processus électoraux, pour créer des opportunités économiques, pour mobiliser et agir sur des enjeux comme le développement durable, l'éducation, la formation professionnelle et technique, la stabilité et la sécurité. La Francophonie est un espace d'actions et de solutions.

 

Comment changer l’attitude des États membres par rapport à la langue française dans les organisations internationales, où ils préfèrent le plus souvent avoir recours à l’anglais? Comment  les inciter à la respecter et à l’utiliser ?  Ne devrait-il pas s’agir d’une condition impérieuse à l’adhésion à l’OIF.

L’usage de la langue française dans les organisations internationales est un combat de tous les instants.  Nous avons tous la responsabilité de veiller à ce que la langue française occupe toute la place qui lui revient dans ces grandes organisations multilatérales et internationales.

Je dis souvent que l’unilinguisme mène inévitablement à un déficit de participation, de perspectives, et donc de solutions.  L’usage de la langue française dans les organisations internationales est, à mon avis, une question de démocratie internationale. Si l'on convient du fait que la démocratie politique suppose le multipartisme, la démocratie internationale, elle,  réclame le multilinguisme.

Propos recueillis par Margareta Stroot

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MOLDAVIE Une transition sans boussole
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