• 11 juillet 2020

Dialogue mondial pour un autre monde

Entretien avec Tatyana Valovaya, Directeur général de l’ONU à Genève

Q. Vous êtes la première femme Directrice de l’ONU à Genève. Vous avez été longtemps journaliste, vous avez travaillé en qualité de diplomate à la mission russe auprès de l’Union Européenne, vous êtes économiste et vous avez occupé plusieurs postes de responsabilité. On peut dire que votre carrière vous a préparé pour la fonction de Directeur général de l’ONU.

R. Probablement vous avez raison autrement ma candidature, et je suis très fière, n’aurait pas été choisie par le Secrétaire Général de l’ONU. J’ai à mon actif l’expérience diplomatique et économique, ainsi que dans la fonction publique. Pendant 12 ans j’ai été Directrice du Département de la coopération internationale du gouvernement fédéral. Les derniers 8 ans en tant que Ministre chargée de l’intégration et de la macroéconomie à la Commission économique eurasienne, l’organe exécutif de l’Union économique eurasienne, j’ai beaucoup travaillé avec la Commission économique pour l’Europe, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement et d’autres organismes du système des Nations Unies.

Q. Nous vivons une époque, enfin, pourrait-on dire, très propice aux femmes et cela dans tous les domaines – de la culture à la politique et jusqu’à la finance. Il est intéressant de noter que pour la première fois la Commission et la Banque centrale européennes sont dirigées par des femmes. Pour la première fois également le CERN (Centre européen pour la recherche nucléaire) est dirigé depuis 2016 par une femme – Fabiola Gianotii, qui vient d’être confirmée pour un deuxième mandat, ce qui est aussi une première. Cette année aussi la Moldavie, et nous en sommes très fières, avait été dirigée par une femme premier ministre. Vous êtes la toute première DG de l’office de l’ONU à Genève. Comment voyez vous cette période de promotion des femmes et cette liberté accordée à celles qui la méritaient depuis très longtemps ?

R. D’abord je me permets une précision. En Moldavie la toute première Première Ministre a été Mme Zinaida Grecianii en 2008, si je ne me trompe pas. Votre pays a été parmi les premiers dans la région dans ce domaine. Oui, il y a plus de femmes aujourd’hui à des hautes fonctions. Je crois que nous pouvons l’expliquer par le travail insistants qui a été fait dans tous les pays mais aussi par l’ONU. En 2020 nous allons marquer les 25 ans depuis la Déclaration de Pékin sur les droits de femmes. Certes dans les Universités le nombre des filles étudiantes est plus grand que celui des garçons, mais un peu plus tard aux postes de responsabilités il y a plus d’hommes que des femmes. Il est nécessaire de souligner que ces femmes, dont vous avez parlé, elles sont arrivées à ces fonctions parce qu’elles sont des femmes compétentes dans leurs domaines. Promouvoir les femmes cela ne veut pas dire discriminer les hommes. Il est important de voir et promouvoir les compétences des femmes et des hommes sans discrimination aucune.

Q. L’ONU ne devrait-elle être un exemple d’égalité et de respect des valeurs universelles? Je pense ici aux six langues officielles et deux langues de travail. Nous savons que cette règle n’est pas toujours respectée. Quand il faut faire des économies, souvent cela commence dans les services de traduction. Il y a aussi des fonctionnaires qui ne parlent qu’une seule langue, lorsque leur langue maternelle est l’anglais. Pensez-vous pouvoir faire quelque chose pour améliorer cette situation et assurer davantage d’égalité entre les fonctionnaires et les Etats-membres ?

R. Notre organisation doit être l’exemple dans tous les domaines. A l’ONU pour les événements officiels la traduction est assurée dans les six langues. Pour les rencontres de travail les organisations choisissent les langues de travail et cela dans différents formats: anglais-français-espagnole ou russe-anglais-chinois et encore d’autres. Comme vous le savez nous sommes actuellement en crise financière qui nous oblige à arrêter certains ascenseurs ou à limiter des traductions. A Genève, la plupart de nos fonctionnaires parlent les deux langues et les utilisent quotidiennement. En plus il y a beaucoup des cours pour apprendre les langues officielles de l’ONU. Moi-même je prends des cours de français, parce que j’estime que mon français n’est pas assez bon pour parler devant un public francophone. Avec notre exemple on doit montrer le respect d’autres langues.

Q. Vous avez pris vos fonctions en automne de l’année 2019 qui est une année de célébrations : un siècle depuis la création de la Société des Nations, un siècle depuis l’adoption des Conventions de Genève, un siècle depuis la création de l’OIT – première organisation internationale. L’ONU, l’OIT et d’autres organisations et structures ont été crées dans un monde différent, pendant d’autres périodes du développement de la société avec d’autres régimes économiques et politiques. Pour les 75 ans depuis la création de l’ONU, est-il nécessaire de faire un bilan approfondi qui tienne compte des changements intervenus dans le monde?

R. Vous avez raison. La société des Nations à été créé en 1919 et elle a disparu parce qu’elle n’a pas pu éviter la deuxième guerre mondiale. L’ONU depuis 75 ans et en dépit de la complexité du monde, a réussi à éviter des guerres mondiales, malheureusement il y a beaucoup des confrontations militaires et des conflits régionaux. Nous critiquons l’organisation, mais nous constatons en même temps que l’humanité n’à jamais aussi bien vécue. Énormément de progrès ont été réalisés dans le domaine de la médecine, de l’accès à l’enseignement. Mais le XXI siècle et aussi un autre millénaire. Le Secrétaire Général a proposé pour cette année du 75 anniversaire de l’ONU un dialogue mondial avec les communautés, les jeunes, les pays, les différentes économies pour avoir l’avis de tous sur: l’environnement, le numérique, la santé... Que-est qu’il faut faire pour s’adapter au nouveau monde et à cette nouvelle époque. A l’Assemblé générale de l’ONU au mois de septembre le SG va présenter un rapport sur les résultats de ce dialogue mondial. Les Etats membres s’exprimerons sur des propositions concrètes inspirées de cette consultation mondiale.

- Merci beaucoup !

M.Donos

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