16 janvier 2018
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Quand la presse suisse s'intéresse à la Moldavie... Entretien publié par le journal GaucheHebdo de Genève

jeudi 16 juillet 2009 22:36 | Auteur: La rédaction
Étiquettes: Moldavie, Politique, presse étrangere
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L’opinion publique occidentale se berce-t-elle d’illusions vis-à-vis du parti au pouvoir en Moldavie? C’est ce que suggère Margareta Donos. «Le Parti des communistes n’a de communiste que le nom, il n’a jamais vraiment mené de politique socialiste ni même sociale, il serait plus approprié de l’appeler libéral!» Un avis tranché, mais autorisé. La jeune femme est en effet correspondante de la radio publique moldave à l’ONU. «Le fossé entre les riches et les pauvres n’a fait que se creuser depuis huit ans que le Parti des communistes est au pouvoir. Les privatisations se sont poursuivies, ainsi que le pillage des richesses. Aujourd’hui, dans la capitale, on croise des voitures de luxe comme on n’en voit même pas à Genève!»

Pour la journaliste installée dans la cité lémanique, la victoire électorale des communistes tient à plusieurs facteurs. Pour bien comprendre, il faut remonter à l’époque où la Moldavie était une république de l’URSS. «C’était un petit paradis dans lequel tout Soviétique voulait vivre. L’éducation était gratuite. Je viens d’une famille de paysans dont les cinq enfants ont étudié à l’université. Les soins médicaux aussi étaient offerts à tout le monde, aujourd’hui il faut payer pour être soigné».

En 1991, la Moldavie devient indépendante. «J’étais au milieu des 100'000 manifestants pour exiger des changements. Les gens savaient que des années difficiles étaient devant nous, mais ils espéraient améliorer leur niveau de vie». C’est le contraire qui s’est produit, la Moldavie dépendant de l’espace économique de l’URSS et des pays de l’Est. «Nous nous sommes retrouvés avec notre seule agriculture. Les terres ont été distribuées aux paysans, mais sans qu’ils puissent véritablement les travailler, les structures agricoles ayant été dissoutes. On a jeté le bébé avec l’eau du bain. Les gens ont été extrêmement déçus».

En 2001, des héritiers de l’ancien parti unique reviennent au pouvoir, sans avoir changé de nom mais avec une toute autre politique. Recevant en 2006 une délégation de journalistes suisses, le président du Parlement avait expliqué que «dans ce pays, si vous créez un parti intitulé communiste, avant même de faire campagne vous aurez au moins 15% des voix». Pour Margareta Donos, «les personnes qui ont vécu la période socialiste peuvent comparer». Surtout les retraités pour lesquels «les vingt dernières années ont été un cauchemar. Ils ont travaillé toute leur vie pour une retraite qui ne leur permet même pas de vivre». Ce n’est sans doute pas un hasard si, «juste avant les élections, le gouvernement a augmenté les pensions de quelques dizaines de lei». Nostalgiques, les personnes d’un certain âge auraient donc voté en masse pour les communistes.

Autre raison du succès du PC, le manque de crédit, d’organisation et de visibilité de l’opposition. Les partis contestant le leadership des communistes ont été, durant la campagne électorale, moins visibles et moins présents dans les médias que le PC. «Ces partis manquent d’expérience. Ils ont beaucoup critiqué les communistes au lieu de mener campagne pour eux-mêmes. Ils n’ont pas été capables d’élaborer un programme crédible. Je ne pense pas qu’ils puissent gouverner la Moldavie face à la situation difficile dans laquelle se trouve le pays. Le PC est encore le mieux placé». Le vote pour les communistes est donc apparu aux yeux de beaucoup comme un gage de stabilité.

Quant aux manifestations qui ont suivi la proclamation des résultats électoraux, Margareta Donos explique que «les jeunes n’ont pas protesté contre le communisme, qui n’existe pas, mais contre ce gouvernement qui n’a rien fait pour eux». «Il y a souvent eu des manifestations à Chisinau, mais elles n’ont jamais pu approcher du Parlement. Cette fois, les manifestants ont pu entrer dans le bâtiment et hisser sur le toit des drapeaux européens et roumains. Peut-être qu’on les a un peu aidés dans le but de discréditer le mouvement. Je ne crois pas que la Roumanie soit derrière ces manifestations. Le président Voronine, il est incapable de comprendre la révolte des jeunes. En prenant pour cible les Roumains, il a choisi la solution de facilité, celle d’agiter les craintes des minorités face au 64% de roumanophones que dénombre le pays».

En visite à Pâques à Chisinau, Margareta Donos a trouvé l’atmosphère tendue. «Beaucoup de gens étaient déçus du résultat des élections et de la réaction du gouvernement qu’ils jugent disproportionnée. Quelque 300 jeunes ont été arrêtés et certains violentés par la police».

Dans les mois qui viennent, le gouvernement devra faire face à de sérieuses difficultés économiques. Sur une population totale de 4,5 millions de personnes, on recense officiellement 500'000 travailleurs émigrés. Le double, selon Margareta Donos. «Avec la crise, beaucoup de travailleurs sont de retour. Des tensions sont à craindre».

A cheval entre les cultures slaves et latines, avec une population instruite et un grand potentiel agricole, le pays ne manque cependant pas d’atouts. Mais les nécessaires investissements pour moderniser l’agriculture et construire des infrastructures font défaut. «La Moldavie attend depuis longtemps un geste de l’Union européenne», regrette Margareta Donos.

Et la journaliste de conclure que «la Moldavie est un très beau pays, au climat agréable, dans lequel on mange bien et où les gens sont hospitaliers». Avis aux voyageurs!

 

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