• 18 novembre 2019

Protéger la Planète pour la nourrir

De tout temps des foires et marchés se sont organisés dans les villes situées aux croisements des routes et des passages. L’homme a toujours éprouvé le besoin d’échanger des marchandises et du savoir-faire. Les foires donnaient  aussi l’occasion aux gens de confronter leurs opinions et d’exposer leurs idées. L’exposition universelle d’aujourd’hui joue le rôle des foires et marchés de jadis  mais elle est organisée selon des règles modernes, définies par le Bureau International des Expositions (BIE), créé à Paris en 1928.   

En cette année 2015, l’Exposition Universelle se tient à Milan entre le 1e mai et le 30 octobre sur un thème très actuel et d’importance planétaire: Nourrir la planète – énergie pour la vie. Ce thème regroupe tous les aspects technologiques, traditionnels et culturels qui ont trait à l’alimentation.  Sachant qu’il y a très peu des pays au monde qui sont en mesure de nourrir leur propre population, que la qualité de la nourriture baisse, que les terres agricoles se font de plus en plus rares et que la déforestation gagne du terrain – le thème est d’une actualité douloureuse.

Pour mieux visualiser l’exposition, il faut s’imaginer un village avec une route principale – le Decumanus, long de 1,5 km – bordée de maisons/pavillons construits par les pays étrangers et qui accueillent souvent les visiteurs avec leurs plats traditionnels. Comme dans n’importe quel village, il y a ceux qui ont les moyens de construire une belle maison, ceux qui se préoccupent surtout de connaissance et d’innovation et aussi tous les autres.  En l’occurrence, les autres sont souvent regroupés autour d’un produit intemporel – riz, café, épices, céréales…

La visite commence, comme il se doit, par le pays hôte, dont le pavillon a l’honneur d’accueillir toutes les délégations étrangères en visite à l’Exposition Universelle. Le pavillon italien est donc le plus grand de tous et il renferme les traditions alimentaires locales qui sont l’essence même du régime méditerranéen – reconnu par l’Unesco comme patrimoine immatériel de l’Humanité. L’Italie a réussi à mettre en scène avec beaucoup de fierté ces régions, sa cuisine et son agriculture.

Conciliant développement durable et respect de l’environnement, le Japon et la France présentent leur savoir-faire alimentaire dans des pavillons en bois conçus pour être démontés et remontés facilement ailleurs. Ils véhiculent ainsi le message de la protection durable des forêts partout dans le monde. Ailleurs, des pays aussi divers qu’Israël et le Kazakhstan exposent leurs contributions techniques déterminantes à la sécurité alimentaire globale, tandis que la Thaïlande nous fait admirer une rizière et un marché flottant.

La Suisse est l’un des pays qui ont le mieux compris l'objectif de l’Exposition fixé par la convention de Paris de 1928: «Une Exposition est une manifestation qui, quelle que soit sa dénomination, a un but principal d'enseignement pour le public, faisant l'inventaire des moyens dont dispose l'homme pour satisfaire les besoins d'une civilisation et faisant ressortir dans une ou plusieurs branches de l'activité humaine les progrès réalisés ou les perspectives d'avenir».

Appelé, par un jeu de mots subtil, «Confooderatio Helvetica», le pavillon suisse est organisé autour de quatre tours, dont l’architecture elle-même n’est guère de nature à attirer l’attention des visiteurs-architectes. Chaque tour est remplie d’un produit local: café, eau, pommes séchées et sel, mises à disposition en petite quantité. La visite est organisée de façon à faire passer plusieurs messages importants en commençant par celui de la richesse de la terre qui nous offre tout pour bien vivre. La Suisse est le château d’eau de l’Europe, mais il ne faut pas gaspiller ce bien vital, dont la gestion durable constitue l’un des enjeux majeurs du XXIe siècle. Le sel en trop grande quantité est très mauvais pour la santé humaine. Les pommes séchées – élément essentiel d’une alimentation saine et naturelle – symbolise le rôle fondamental de l’agriculture dans la sauvegarde du paysage. La plus étonnante est toutefois la tour remplie de café, une matière première que la Suisse ne produit pas… Mais grâce à la recherche, à l’innovation et à l’industrie suisse, le café est devenu le premier produit alimentaire exporté par la Confédération, dépassant même le chocolat et le fromage.

Etant donné que les visiteurs peuvent se servir de ces produits pendant leur visite, leur volume diminue et les tours se vident. Au fur et à mesure, les plateformes sur lesquelles repose la construction sont progressivement abaissées, modifiant ainsi la structure du Pavillon suisse. Le plus important message de ce Pavillon exceptionnel réside précisément dans cette modification des tours, qui invite à la réflexion sur la responsabilité de chacun dans la gestion des ressources, la protection de la nature et le développement durable. Comme c’est souvent le cas, la petite Suisse a réussi à faire passer un grand message: les ressources alimentaires sont limitées et l’homme n’a pas le droit de les gaspiller.

L’ Exposition Universelle 2015, organisée à l’heure de la mondialisation galopante et sur un thème soigneusement choisi, tombe particulièrement bien pour les petits pays agricoles qui trouvent là une occasion rare de montrer la spécificité et la richesse de leur terre, ainsi que leur capacité de produire une nourriture différente. On y attend plus de 20 millions de visiteurs et il est dommage que tous les pays n’aient pas pu ou pas su saisir cette occasion. A côté de quelques performances et innovations remarquables, l’Exposition Universelle 2015 illustre aussi, peut-être trop bien, l’état préoccupant de l’agriculture et de la nature sur notre Planète.

 

Margareta Stroot,

Milan

 

 

 

 

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