• 13 juin 2024

Médias. Paix. Sécurité : quelques notes sur les travaux des 50èmes Assises de la Presse Francophone

C’est incroyable, mais c’est vrai. En 2024, alors que l'intelligence artificielle, les expériences spatiales et les succès médicaux extraordinaires annoncent des avancées spectaculaires pour l'humanité, le monde est déchiré par des conflits inimaginables pour un siècle qui aurait dû tirer les dures leçons du passé. Et pourtant, on est là, à un click d’heorribles guerres virtuelles et à quelques kilomètres de véritables scènes de combat entre les fils et les filles de la même planète. C’est dans ce contexte général que les notions de Paix et de Sécurité prennent de plus en plus de sens et demandent de plus en plus de réflexion et de précaution dans la formulation de thèses tranchantes et de conclusions audacieuses. Les 50èmes Assises de la Presse Francophone, tenues à Dakar, la terre de Teranga et du dialogue, en tout début d’année, se sont ainsi inscrites dans la philosophie du retour à des sujets complexes et fondamentaux qui touchent la Paix, la Sécurité et les Médias dans le monde.

Le programme riche des Assises a permis aux participant(e)s à la fois d’entendre et de partager un large éventail d'expériences liées à la relation entre les médias, la paix, les conflits et la sécurité. Journalistes, analystes, universitaires, juristes, magistrats, anciens ministres et premiers ministres, chercheurs/chercheuses et conseiller(e)s en communication ont mené des discussions intéressantes et passionnantes dans le cadre de deux tables rondes, de quatre ateliers et d’une demi-journée thématique dédiée aux enjeux de la sécurité alimentaire.

Plus précisément, l’une des questions clés débattues par les professionnels du domaine a concerné la place et le rôle des médias en temps de guerre. Jamais facile à trancher ou génératrice d’une réponse univoque, la discussion a plongé entre le rôle de la radio rwandaise des Milles Collines dans le génocide de 1994, la prudence et/ou la maladresse des médias dans la couverture des conflits actuels, ou la manipulation par l’ignorance totale de la guerre en Ukraine, par certains médias au niveau mondial. Dans le même contexte, les consœurs et les confrères de la grande famille journalistique francophone se sont interrogé sur les dangers du contrôle excessif, au détriment de l’intérêt publique, de l’information en période de conflit. L’intelligence artificielle, qui est l'un des phénomènes susceptibles d’être utilisés à des fins à la fois nobles et sordides, la démultiplication de la quantité de l’information par les réseaux sociaux, souvent au détriment de sa qualité, ont également été au cœur des discussions, voire des débats des Assises de Dakar. Des sujets, semble-t-il, d'une certaine banalité, mais qui soulèvent de plus en plus de questions et qui nécessitent suffisamment d'attention et d'efforts pour apprendre à les aborder, une fois qu'ils ont été plus ou moins compris.

D’autres points d’interrogation et de réflexion ont ciblé, entre autres, le lien entre la liberté de la presse et la responsabilité de celle-ci dans la couverture des événements liés aux conflits ou au terrorisme, afin que, par exemple, les actes terroristes ou les théories du complot ne reçoivent trop de visibilité. En même temps, les participant(e)s aux Assises de Dakar ont souligné les enjeux de la sécurité alimentaire en général et, en particulier, dans le chaos généré par la multitude de conflits. Enfin, une question logique se pose et vise l’existence et le pouvoir des médias pour la paix au 21Ième siècle. Est-il possible et légitime de développer cette forme de journalisme dans un contexte mondial dominé par les crises et les conflits, telle est la question ! Et comment les médias peuvent-ils réellement contribuer à la paix et à la sécurité dans le monde ? Les échanges multi aspectuels et les débats riches ont permis de mieux contextualiser et approprier les questions et les enjeux liés à cette thématique profondément sensible et complexe. On est d’accord sur le fait que les médias devraient jouer un rôle important non seulement en tant qu'alliés de la paix et de la sécurité dans le monde, en temps de paix et surtout en temps de guerre, mais aussi en tant que partenaires de confiance pour la cohésion sociale, le dialogue et la communication à l’intérieur et à l’extérieur d’une société. Les travaux des Assises de la presse francophone ont ainsi contribué, j’en suis convaincue, à la remise en cause des aspects extrêmement importants, souvent ignorés par l’humanité en général et par les médias en particulier. À nous d’en repenser notre approche et de reconsidérer l’importance du dialogue et de l’empathie, pour prévenir les conflits, les crises et les guerres. Ça fait du bien de savoir que la famille de l’UPF, profondément multiculturelle, multiethnique et multilingue, existe et propose à chaque fois des sujets de débat vraiment essentiels. Depuis plus de 70 ans.

Les Assises de Dakar 2024 ont réuni plus de 200 représentant(e)s de 43 pays francophones et non francophones du monde entier. Les travaux se sont déroulés pendant trois jours (du 9 au 11 janvier), pour la quatrième fois sur le sol sénégalais, où repose Léopold Sédar Senghor, l’un des pères de la Francophonie. L'événement s'est déployé en présence d'invités de haut niveau, dont le Président de la République du Sénégal pour la séance d'ouverture et le Premier ministre sénégalais pour la cérémonie de clôture.

Aneta Gonța

Dacar

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