• 1 décembre 2020

Les défis de l'enseignement pendant la crise du coronavirus

En guise d’introduction

La pandémie générée par le virus COVID de nouveau type a obligé les États, indifféremment de leur niveau de développement, à prendre, en pleine paix, des décisions et des mesures spécifiques plutôt aux situations de guerre. Certains, sceptiques au début, d’autres, sûrs de la performance de leurs systèmes de santé, les troisièmes, conscients (plus ou moins) de l’ampleur que la pandémie pourrait prendre. Au milieu de cette dernière page d’un printemps confiné, 213 pays et territoires à travers le monde sont affectés par le Coronavirus. «L’ennemi» a pris la vie de plus de 320.000 personnes. Aucun domaine n’a échappé aux restrictions imposées par les gouvernements. L’Éducation, dans ce contexte, est directement et fortement visée, dans un grand nombre de pays, et, comme toutes les autres sphères-clés de nos sociétés, elle a dû s’orienter vers des solutions qui permettent la validation de l’année académique. Les côtés face et pile de l’enseignement à distance et/ou en ligne ont vite montré la présence, des inégalités en ce qui concerne l’accès aux technologies, et les autorités ont été obligées parfois de reconnaître l’insuffisance de la préparation des systèmes d’éducation face à un tel défi.

La fermeture des crèches et des établissements scolaires – une phase clef pour minimiser le risque d’infection parmi les enfants, élèves, étudiants et cadres didactiques.
Selon les données offertes par l’UNESCO, plus de 70 % de la population étudiante mondiale a été affectée par des mesures prises par les gouvernements pour lutter contre la pandémie. Prenons les cas de quelques pays francophones. La France, la Suisse et la Belgique, par exemple, ont pris la décision de fermer les établissements scolaires à la fin de la deuxième semaine du mois de mars. À partir du lundi 16 mars 2020, les études de tout niveau sont passées en ligne ou à distance. En Roumanie et en République de Moldavie, à leur tour, les portes des institutions d’éducation sont fermées à partir du 11 mars, alors que le nombre des personnes infectées n’était pas significatif. Selon le cas, les pays mentionnés ont prolongé une ou plusieurs fois la période de fermeture, «jusqu’à nouvel ordre», tout en assurant les parties concernées que l’année scolaire sera validée et les sessions d’examen auront lieu dans des conditions spécifiques. Une réouverture progressive est annoncée en France, en Suisse (à partir du 11 mai) et en Belgique (à partir du 18 mai), tandis que le gouvernement roumain a fixé la rentrée, au 2 juin, seulement pour les années terminales. En Moldavie, les examens pour les IV-ième et IX-ième classes ont été annulés (l’année étant validée à partir des notes moyennes annuelles obtenues), et la rentrée n’est pas prévue avant le mois de septembre.

Une école française en mode COVID-19

L’enseignement à distance – un test de résistance pour les enfants/étudiants, les parents et les enseignants. Quelques exemples.
La situation de force majeure a obligé les enseignants et les apprenants à utiliser l’apprentissage à distance, y compris en ligne bien qu’une proportion importante des personnes visées n’est pas familiarisée avec ces pratiques, que l’on parle de la France ou de la Moldavie. Je précise que l’enseignement en ligne fait partie de l’enseignement à distance, mais ce dernier peut manquer, si l’accès aux technologies n’est pas assuré ou s’il est insuffisant. En fonction du degré de l’accès aux technologies, mais aussi des aptitudes des professeurs et des élèves ou étudiants à utiliser les technologies, l’enseignement à distance inclut ou exclut les interactions en ligne. Les expériences diffèrent selon les pays, mais aussi à l’intérieur des États, des régions (urbaine/rural) et des établissements.

En France, par exemple, où environ 5 % des élèves n’ont pas d’équipement informatique à la maison, des solutions pour eux étant déployées grâce aux collectivités locales, le Centre National d’enseignement à distance (CNED), existant depuis 1939, a mis en place la plate-forme en ligne «Ma classe à la maison», qui contient des ressources pédagogiques structurées pour être consultées en régime autonome par les élèves. En même temps, des «classes virtuelles», sous forme de visioconférences, sont créées par les enseignants, pour que chaque élève conserve le lien avec son professeur et dispose de ressources et d’exercices. Entre temps, le Gouvernement français a lancé, le 20 avril 2020, un plan de 15 millions d’euros, qui permettra premièrement d’acheter et de distribuer du matériel informatique et de connexion aux élèves des quartiers n’ayant pas les outils nécessaires pour le suivi éducatif à distance.
En complément, nous assurent les autorités, le nombre d’élèves bénéficiant de mentorat va être doublé, pour renforcer l’accompagnement. L’objectif est d’assurer le suivi de 30 000 jeunes d’ici le mois de juillet.

En plus du réseau intranet, utilisé et avant la crise, les établissements de l’enseignement supérieur, choisissent différentes modalités afin rester en contact avec les étudiants et de les aider à valider l’année. 

Victoria Climenco, une Moldave qui fait ses études en Master 2 à l’Université Sorbonne Nouvelle Paris 3, en spécialité Discours, culture et médias de la Faculté de Lettres modernes, raconte : «l’Université possède sa propre plate-forme interne où les enseignants continuent de donner des cours, de soumettre les documents dont nous avons besoin pour étudier et évaluer nos devoirs. Depuis la première année d’université, je connais cette plate-forme en ligne, mais je ne l’ai pas utilisée quotidiennement, car je n’en avais pas besoin. Les professeurs de la Sorbonne ont toujours privilégié le contact humain et même s’ils voulaient nous envoyer un document intéressant pour leur cours, ils préféraient nous le distribuer en format papier, comme à l’époque de Gutenberg, méthode que j’apprécie beaucoup. Avec la pandémie, nous avons tous dû changer radicalement notre routine académique et apprendre uniquement en ligne, lire du matériel de cours dématérialisé, poser des questions aux enseignants sur le chat intra-universitaire, etc. Les évaluations des étudiants de deuxième année de Master ont déjà été réalisées fin novembre. Concernant le soutien de la thèse, l’administration de l’Université Sorbonne a décidé que celui-ci devrait se faire en ligne. Les bibliothèques sont fermées et on ne sait pas quand nous y aurons à nouveau accès. C’est désagréable, notamment parce que je suis en dernière année de Master et donc en train de rédiger ma thèse. Bien sûr, il existe de nombreux livres et articles scientifiques disponibles sur Internet, mais ce n’est pas la même chose. Une initiative intéressante prise par mon université est de proposer des “bons d’urgence” qui sont distribués aux étudiants en difficulté financière. Ceux qui peuvent bénéficier de ces bons sont : les étudiants qui ont perdu leur emploi et qui ne peuvent pas bénéficier des allocations de chômage, les étudiants qui ont perdu leurs primes de stage, les boursiers en difficulté financière ou étudiants étrangers non boursiers et dans une situation précaire qui ne leur permet pas de se nourrir correctement. En même temps, l’université propose à tous les étudiants qui n’ont pas accès à Internet ou qui n’ont pas d’ordinateur, des cartes 4 G, et leur prête des ordinateurs portables pour qu’ils puissent faire leurs devoirs. Comme je l’ai déjà dit, en ce moment je suis en train de rédiger ma thèse. Cela ne me dérange pas d’être enfermée dans la maison. Je parle à ma famille et à mes amis tous les jours, ce qui me permet de faire les pauses nécessaires».

Aneta GONȚA

 

 

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