• 27 février 2020

HUMANISER LA MONDIALISATION

  Ce n’est certainement pas un hasard si le terme mondialisation est la traduction du mot anglo-saxon globalisation...… Cette expression a été utilisée pour la première fois dans les années 60 et a réussi à s’imposer définitivement une trentaine d’années plus tard, à la suite des changements brutaux intervenus dans l’équilibre mondial. Après la chute du mur de Berlin et l’éclatement de l’URSS, le triomphe apparent du libéralisme, autre façon d’appeler le capitalisme, ainsi que l’accélération des nouvelles technologies ont conduit les Etats Unis d’Amérique à imaginer un nouvel ordre mondial où les notions de mondialisation et d’économie seraient étroitement associées.
 
  Au début des années 1990, la mondialisation s’est ainsi identifiée au mouvement de recomposition d’un système global qui réduit le rôle de l’étatnation au profit d’un réseau de firmes transnationales et d’institutions internationales telles que l’Organisation Mondiale du Commerce, le Fonds Monétaire International ou la Banque Mondiale, sur lequel ne s’exerce aucun contrôle démocratique. Il est à relever en effet que si d’aucuns s’efforcent de faire croire que capitalisme est synonyme de démocratie, les entreprises privées ne sont nullement des entités démocratiques, puisque leurs dirigeants ne sont pas élus et ne doivent leur pouvoir qu’à l’argent, le leur ou celui de leurs mandataires….
 
  Elément fondamental de la mondialisation néolibérale, la privatisation n’est en aucun cas une condition de la démocratisation, comme en témoigne le fait qu’il y a peu de temps encore des pans entiers de l’é conomie de certains pays d’Europe occidentale, dont la France, étaient sous le contrôle de l’état, sans que personne ne puisse contester le caractère démocratique de ces pays, ni d’ailleurs leur efficacité économique.… Avec ses efforts pour tout privatiser, la mondialisation néo-libérale se construit en vérité sur l’exclusion et la banalisation d’inégalités croissantes sur tous les plans, laissant de côté les deux tiers de l'’humanité – les plus pauvres et les plus démunis – et imposant de surcroît une culture unique et une seule langue, l’'anglo-américain.
 
  C’est dans ce contexte difficile et complexe que l'’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) s’est engagée résolument en faveur d’une nou-
velle forme de solidarité internationale; luttant pour la préservation de la diversité culturelle et linguistique, et donc du patrimoine mondial, afin de contribuer à créer les conditions d’un dialogue reposant à la fois sur la tolérance et la réduction des inégalités. L’enjeu est capital pour l’humanité toute entière, bien au-delà des pays qui ont la «langue française en partage». Il s’agit notamment, de distinguer l’économie de marché, qui pour être efficace doit être contrôlée et équilibrée par un pouvoir politique fort, de la notion de «société de marché», qui implique une vision exclusivement marchande des relations internationales, où tout serait à vendre, y compris la santé, l’éducation et la culture. Aujourd’hui, la Francophonie et les valeurs qu’elle véhicule, au-delà de la seule langue française, constituent l’un des seuls contrepoids possibles face à cette mondialisation débridée, qui tend à uniformiser la planète entière sous la domination d’une superpuissance unique ne tenant compte que de ses seuls intérêts économiques et politiques.
La France, pays de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité, est la mieux placée pour être la locomotive de ce projet global qui vise à défendre la
diversité culturelle et le plurilinguisme. Promouvoir la francophonie revient donc à défendre l’idée d’une organisation du monde sur un modèle multipolaire marqué par la démocratisation des relations internationales et la concertation multilatérale entre les nations, à préconiser de nouvelles formes de coopération et à œuvrer, en fin de comptes, pour rendre la priorité à l’être humain. Car selon la formule consacrée, c’est l’économie qui doit être au service de l’homme et pas le contraire.
 
  L’extrême diversité de la Francophonie - du Québec au Vietnam et du Congo à la Moldavie, en passant par la Suisse et le Liban - est l’outil par excellence qui permet de continuer le dialogue, de poser les bonnes questions et de trouver les réponses appropriées. «La diversité implique le respect des identités, elle induit cette notion fondamentale de dialogue et de reconnaissance de l’Autre, qui est le fondement de la démocratie et de la paix» a souligné Boutros Boutros-Ghali, le Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).
L’OIF s’est imposée sur la scène internationale et a été consacrée à l’unanimité par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1998. Le temps est
venu pour elle de s’affirmer et de prendre une place plus importante sur la scène mondiale, non pas pour mener une quelconque croisade opposant le français à l’anglo-américain dominant, mais bien pour contribuer à défendre la diversité linguistique et culturelle de l’humanité contre les velléités totalitaires de la «pensée unique» et de la «langue unique» qui lui sert de vecteur. Pour, en quelque sorte, humaniser la mondialisation….
 
Margareta Stroot,
Vice-président
de la Section moldave de l’UPF

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