• 18 septembre 2021

Des promenades pendant la pandémie

En ce début d'année, malheureusement, nous nous trouvons dans la même situation de la fin de l'année précédente : pandémie, mesures sanitaires restrictives, libertés suspendues, amis ou parents passés dans l'autre monde... et toujours en pleine incertitude quant au traitement et à la vaccination contre le virus Covid 19.

L'état d'isolement actuel fait de la culture et de l'art le plus grand absent de nos vies au cours de la dernière année. Il nous reste les promenades dans les parcs et l’errance dans les rues désertées. Il nous reste aussi l'envie de découvrir les chemins où sont allées des personnalités célèbres. De cette façon, nous arrivons au parc Dinu Lipatti. D'après la taille, à première vue, cet espace vert est un petit jardin joliment placé entre trois bâtiments identiques de la commune de Chêne-Bourg, une partie composante du canton de Genève. Petit, mais fier de ce vert intense, le jardin ressemble à une forêt, car parmi les sentinelles du buste du talentueux pianiste on trouve aussi un cèdre avec une belle couronne. C'est ici qu'il a vécu les dernières années de sa vie, ici il s'est battu contre la maladie dévastatrice, ici le célèbre compositeur et pianiste roumain Dinu Lipatti est mort à l’âge de 33 ans seulement. Nous nous inclinons devant sa tombe dans le cimetière de la même petite ville. Juste à l'entrée du cimetière se trouve son nom inscrit élégamment sur une pierre dans l'allée parallèle à la route du Printemps - un nom significatif pour un génie, qui est allé au paradis au printemps de sa vie.

Le jeune pianiste est devenu connu et apprécié dans plusieurs pays au cours de la tournée lancée en 1935 et interrompue en 1939 par le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. En revenant à Bucarest, il rencontre sa future épouse, la pianiste Madeleine Cantacuzino, et ensemble ils retournent à Genève en 1943. En pleine guerre mondiale, même si la Suisse était neutre et donc pas impliquée dans le conflit, les temps étaient assez difficiles, mais le pianiste de renom est rapidement employé au Conservatoire de Musique. Le couple s'installe dans un appartement de la vieille ville dans le bâtiment à proximité immédiate de la prison, qui représente une page importante de l'histoire de la ville. Le bel édifice, initialement destiné à l'Hôpital Général, fut transformé en 1712 en "maison de discipline", et à partir de 1886 devint la prison Saint Antoine, ce n'est qu'en 1977 que la prison fut transférée à la périphérie du canton, le lieu étant occupé (jusqu'à présent) par le Palais de Justice.

Peu de temps après l'installation, Dinu Lipatti est tombé malade et depuis 1947 le célèbre médecin Henri Dubois-Ferrière s'occupe de la santé du pianiste atteint du syndrome de Hodgkin. Dinu Lipatti continue cependant le tour du monde, compose, transmet ses connaissances et se bat contre cette maladie peu connue dans les années cinquante. Son état s'aggrave en 1948, lorsque son médecin personnel, chercheur et pionnier dans le domaine de l'hématologie, l'installe dans une villa de la commune de Chêne Bourg. Le patient se lie d'amitié avec le médecin et l'homme Lipatti parvient à impressionner tout le monde autour de lui avec le raffinement, la sensibilité et la noblesse de son âme. Il était un véritable aristocrate: par son comportement et la communication avec les autres. Sa dernière apparition musicale a été le concert exceptionnel dans la ville française Besançon en septembre 1950.

L'amitié durable entre le pianiste et le médecin, qui pendant trois ans va chercher à travers tous les traitements existants afin d’aider l'un des plus grands pianistes du monde, constitue apparemment une cohésion entre l'art et la science. Malheureusement, ni le courage des deux protagonistes ni les connaissances acquises à l'époque n'ont pas été suffisants. Henri Dubois-Ferrière n'a pas réussi à traiter Dinu Lipatti. Mais cette triste « collaboration » a contribué à l'avancement du progrès médical, puisqu'elle a conduit à la découverte, par le scientifique Henri Dubois-Ferrière, du traitement révolutionnaire de la leucémie par corticoïdes et chimiothérapie.

En 1970, vingt ans après la disparition de Dinu Lipatti et huit ans après la mort de son médecin personnel, les familles des deux amis créent la fondation qui porte leur nom. La même année, une plaque commémorative a été installée sur la façade du bâtiment de la vieille ville, ce qui nous rappelle aujourd'hui la vie trop courte de celui qui était Dinu Lipatti.

En 2020, si nous n'avions pas été isolés à cause de la pandémie mondiale de Covid-19, nous aurions certainement marqué différemment le 70e anniversaire de la disparition en Suisse du talentueux pianiste roumain Dinu Lipatti et le demi-centenaire de la mort de son ami et docteur dévoué Henri Dubois-Ferrière - chercheur et pionnier dans le traitement des maladies oncologiques. De même, en 2020, nous aurions marqué 50 ans depuis la création de la Fondation qui porte leur nom, une fondation qui perpétue une histoire d'amitié et d'espoir, de courage, d'innovation et de progrès dans la lutte contre la leucémie.

Margareta Donos,
Commune de Chêne Bourg

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